Les Âges de l’expression

Par J.L. JACQUEMET

L’être humain cherche à « exprimer lui-même »! (voir : La vie est un Art ).
Que se passe-t-il lorsqu’ il décide de jeter des signes écrits, dessinés, de la couleur sur le papier, ou des sons, des paroles, des gestes dans l’espace, non pas pour une fonction précise, pragmatique, mais seulement pour «dire » ? L’observation montre chez les adultes, qu’en fonction de la maturité d’expression ( qui n’a que très peu à voir avec l’âge) de celui ou de celle qui s’exprime, les processus mis en jeu ne sont pas les mêmes.

La maturité d’expression se caractérise par la plus ou moins grande liberté que l’on a à mettre au-dehors ( ex-primer ), ce qui nous préoccupe, ce qui nous est essentiel, ce que nous ressentons comme libérateur, ce qui nous réjouit comme un jeu. La virtuosité de la réalisation du message exprimé, sa « lisibilité» contribuent aussi à l’appréciation de cette « maturité ».

Il faut distinguer ensuite, l’expression spontanée, libre, sans cadre particulier, de l’expression délibérée, consciente, réalisée dans le cadre d’un atelier.

Dans le cadre d’un atelier où la personne débutante est mise en condition pour simplement être attentive à ce qu’elle exprime, le «premier âge» de l’expression est de type :

• expressionnisme projectif… La personne se projette dans l’objet exprimé (son, couleur, signe, geste, forme … ). ‘A ce stade, rien dans l’objet luimême ne permet d’identifier l’image projetée. La personne peut raconter qu’elle a ressenti telle chose, qu’elle voit telle réalité d’objet ou de personnage dans ce qu’elle a fait, mais cela n’est pas «visible» ni «lisible» de l’extérieur. Il faut accueillir son «dit», pour valoriser son vécu, mais ne pas non plus lui faire croire que l’on a identifié ce contenu.

Le «deuxième âge» de l’expression est de type :

• expressionnisme subjectif… Là une forme, figurative ou non est discernable et l’interprétation est liée à la problématique personnelle de l’exécutant(e). L’interprétation qu’il en fait peut se trouver parfois assez éloignée des interprétations faites par les spectateurs ou observateurs du résultat de l’expression.

Le «troisième âge» de l’expression est de type :

• expressionnisme objectif… L’expression est celle de l’histoire personnelle de l’exécutant(e), l’interprétation qu’il en fait et celle des spectateurs se retrouvent dans un même consensus. Les deux peuvent reconnaître et identifier avec des nuances différentes bien sûr, le même contenu de l’expression.

Ces trois stades correspondent à l »’expression artistique de développement’, où l’on constate que le signe exprimé (son, couleur, tracé, forme, geste, parole … ) est profondément révélateur de la nature et de la structure de l’exécutant. Moins l’exécutant a prémédité son expression et plus elle est révélatrice ! Que l’exécution soit primitive ou sophistiquée, ce qui compte à ce stade est ‘l’accompagnement actif du laisser faire !’ Sortir de la pure représentation mentale pour entrer dans ‘le geste artistique’. Le geste artistique est un geste où la conscience de la personne est concentrée ‘dans’ le contact avec la matière travaillée (matière, argile, papier, couleur, son, espace … ).
Et ce, dans un contact ‘interactif’ où l’exécutant et la matière dialoguent au travers des sensations. De ce contact de la conscience avec la matière, surgit l’expérience formatrice qui est un ‘dit’ souvent d’une grande profondeur, surgissant d’une volonté de dire, inconnue, reliée aux sentiments et aux émotions, beaucoup plus essentielle que celle émanant de la ‘conscience ordinaire’ , et, de la plus ou moins grande habileté technique.

Le ‘quatrième âge’ de l’expression est celui de :
• la création.